Comment lutter contre la sédentarité en entreprise ? Les conseils d’Alexandre Dana, co-auteur du livre « La Chaise tue »

La sédentarité : le risque invisible qui menace la santé des collaborateurs

Nous n’avons jamais eu autant accès au sport. Pourtant, nous n’avons jamais été aussi sédentaires.

Télétravail, visioconférences, voiture, livraison à domicile, plateformes de streaming : notre quotidien est organisé pour nous éviter le moindre effort. À force de rechercher le confort et l’efficacité, nous avons progressivement éliminé le mouvement de nos journées.

Dans son livre La Chaise tue, Alexandre Dana défend une idée simple mais dérangeante : le véritable problème n’est pas que nous ne faisons pas assez de sport. C’est que nous passons l’essentiel de nos journées immobiles.

À l’occasion d’un webinaire organisé par Wellness Training, nous avons échangé avec lui sur un enjeu devenu majeur pour les entreprises : la sédentarité. Souvent banalisée, elle constitue pourtant l’un des principaux facteurs de risque pour la santé physique, mentale et cognitive.

Sédentarité, activité physique, sport : de quoi parle-t-on exactement ?

Avant d’aller plus loin, il est important de distinguer trois notions souvent confondues :

  • La sédentarité correspond à un temps prolongé passé en position assise ou allongée avec une très faible dépense énergétique.
  • L’activité physique regroupe tous les mouvements du quotidien qui sollicitent le corps : marcher, monter des escaliers, jardiner, porter des charges ou se déplacer.
  • Le sport est une activité physique structurée, pratiquée dans un objectif de santé, de loisir ou de performance.

Cette nuance est essentielle. Une personne peut pratiquer du sport plusieurs fois par semaine et rester malgré tout fortement sédentaire.

Le paradoxe du sportif sédentaire

Pendant longtemps, nous avons considéré le sport comme la réponse à tous les enjeux de santé.

Pourtant, les recherches récentes montrent qu’il est possible d’être sportif… et sédentaire.

Prenons l’exemple d’un collaborateur qui réalise une séance de running de 45 minutes le matin, mais qui passe ensuite neuf heures assis devant son ordinateur avant de terminer sa journée sur son canapé.

Il est actif. Mais il reste également exposé aux effets de la sédentarité.

Comme le rappelle Alexandre Dana, le problème n’est pas uniquement le manque d’exercice physique. Le véritable enjeu réside dans le temps passé immobile tout au long de la journée.

Ce constat change profondément notre façon d’aborder la prévention en entreprise. L’objectif n’est plus seulement d’encourager la pratique sportive. Il s’agit également de réduire les périodes d’inactivité et de réintroduire du mouvement dans les habitudes quotidiennes.

Un enjeu majeur pour la santé publique

Les conséquences de la sédentarité ne sont plus à démontrer.

Les études scientifiques établissent désormais des liens clairs entre l’inactivité prolongée et l’augmentation du risque de :

  • maladies cardiovasculaires ;
  • diabète de type 2 ;
  • surpoids et obésité ;
  • troubles musculo-squelettiques (TMS) ;
  • anxiété et dépression ;
  • déclin cognitif.

Le caractère particulièrement dangereux de la sédentarité réside dans son aspect silencieux. Les effets s’installent progressivement, parfois pendant des années, avant que les premiers signaux n’apparaissent.

Fatigue chronique, douleurs lombaires, essoufflement, baisse de concentration ou troubles du sommeil sont souvent les premières manifestations visibles d’un phénomène déjà bien installé.

Le mouvement : un besoin biologique fondamental

Notre organisme est conçu pour bouger.

Les muscles jouent notamment un rôle essentiel dans la régulation du glucose et le bon fonctionnement du métabolisme. Lorsqu’ils sont insuffisamment sollicités, l’ensemble de l’organisme fonctionne moins efficacement.

Mais les bénéfices du mouvement vont bien au-delà de la santé physique.

Une activité régulière contribue à :

  • améliorer l’humeur ;
  • réduire le stress ;
  • favoriser un sommeil réparateur ;
  • renforcer les capacités d’attention ;
  • stimuler les fonctions cognitives.

Bouger n’est donc pas seulement une question de forme physique. C’est un véritable levier de santé, de bien-être et de performance durable.

Le premier indicateur à surveiller : le nombre de pas

Avant de parler de salle de sport ou de programme d’entraînement, Alexandre Dana insiste sur un indicateur simple : la marche.

Pourquoi ?

Parce qu’elle est accessible à tous, facile à mesurer et particulièrement efficace pour réduire les effets de la sédentarité.

L’objectif souvent retenu est d’atteindre environ 7 500 pas par jour. Ce seuil constitue aujourd’hui un excellent repère pour sortir de la zone de risque liée à l’immobilité.

Au-delà du chiffre, c’est surtout la régularité qui compte.

Une marche quotidienne, réalisée à un rythme soutenu, apporte davantage de bénéfices qu’un effort intense mais ponctuel.

La mesure permet également de prendre conscience de la réalité de nos habitudes.

Beaucoup de personnes pensent être actives alors qu’elles réalisent moins de 3 000 pas par jour.

Le « capitalisme de la chaise » : quand notre environnement nous pousse à l’immobilité

Au cours du webinaire, Alexandre Dana a partagé une expression particulièrement marquante : le « capitalisme de la chaise ».

L’idée est simple : une grande partie des innovations des dernières décennies ont eu pour objectif de réduire nos efforts physiques.

Commander plutôt que se déplacer.

Envoyer un message plutôt que marcher jusqu’au bureau voisin.

Participer à une réunion en visioconférence plutôt que changer d’étage.

Regarder une série plutôt que sortir.

Individuellement, ces choix paraissent anodins. Collectivement, ils ont profondément transformé notre rapport au mouvement.

La sédentarité n’est donc pas uniquement une question de motivation individuelle. Elle est aussi le produit de notre environnement.

Cette réflexion ouvre une perspective intéressante pour les entreprises : si l’environnement favorise l’immobilité, il peut également être conçu pour encourager le mouvement.

Pourquoi les entreprises ne peuvent plus ignorer la sédentarité

Longtemps considéré comme un sujet de bien-être, le mouvement devient aujourd’hui un véritable enjeu de performance durable.

Les conséquences de la sédentarité se traduisent concrètement par :

  • davantage de troubles musculo-squelettiques ;
  • plus d’absentéisme ;
  • une baisse de l’énergie et de la concentration ;
  • une dégradation de la qualité du sommeil ;
  • une augmentation des risques psychosociaux.

À l’inverse, les organisations qui favorisent le mouvement créent souvent des environnements de travail plus dynamiques, plus engageants et plus attractifs.

La lutte contre la sédentarité ne peut donc plus reposer uniquement sur la responsabilité individuelle des collaborateurs.

Comment réduire la sédentarité en entreprise ?

Les entreprises disposent de nombreux leviers d’action.

  1. Encourager les pauses actives

Se lever régulièrement permet de rompre les longues périodes d’immobilité. L’idéal est de changer de posture toutes les 30 à 60 minutes.

  1. Développer les réunions marchées

Certaines réunions peuvent être réalisées en marchant, notamment les échanges en petit comité. Elles favorisent à la fois le mouvement et la créativité.

  1. Aménager des postes de travail dynamiques

Bureaux assis-debout, espaces collaboratifs mobiles ou mobilier actif permettent de réduire le temps passé dans une posture figée.

  1. Promouvoir les déplacements actifs

Privilégier les escaliers, marcher pour certains trajets internes ou téléphoner en se déplaçant sont autant de réflexes simples à encourager.

  1. Créer une dynamique collective

Comme le souligne Alexandre Dana : « On ne s’en sort pas seul. »

Challenges de pas, événements sportifs, ateliers de sensibilisation ou programmes d’activité physique permettent de transformer une démarche individuelle en dynamique collective.

Transformer durablement la culture du mouvement

La lutte contre la sédentarité ne se résume pas à installer une salle de sport dans les locaux.

L’enjeu est plus profond : créer un environnement qui favorise naturellement le mouvement tout au long de la journée.

Dans les entreprises comme dans les immeubles tertiaires, chaque détail compte : l’aménagement des espaces, les services proposés aux occupants, les animations collectives ou encore les pratiques managériales.

Lorsque le mouvement devient une composante naturelle du quotidien, les bénéfices sont multiples : meilleure santé, meilleure énergie, meilleure cohésion et meilleure performance globale.

Ce qu’il faut retenir

La sédentarité est souvent présentée comme un problème individuel. En réalité, elle est avant tout le produit de nos environnements.

C’est pourquoi la solution ne réside pas uniquement dans la motivation ou dans l’inscription à une salle de sport.

Elle consiste à repenser nos journées, nos espaces de travail et nos habitudes collectives pour remettre le mouvement là où il a progressivement disparu.

Chez Wellness Training, nous sommes convaincus que la lutte contre la sédentarité ne se joue pas uniquement dans une salle de sport. Elle se joue dans l’ensemble de l’expérience collaborateur : l’aménagement des espaces, les animations collectives, les challenges de pas, les pauses actives et tous ces moments qui remettent naturellement le mouvement au cœur du quotidien.

Comme le rappelle Alexandre Dana, l’enjeu n’est pas de devenir un athlète. L’enjeu est de cesser de considérer l’immobilité comme un état normal.

Et si la première action de prévention en entreprise était tout simplement de se lever de sa chaise ?