Voltaire : « j’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé ».

Littéralement « Se ressourcer » signifie revenir à la source. Et au sens figuré, on peut l’entendre comme l’action de se régénérer tant moralement que physiquement. Comment la pleine conscience pourra-t-elle agir ? En nous éclairant sur l’état présent de notre esprit, notre corps et notre cœur, nous pourrons revenir à la source, là où nous aurons accès à nos besoins voire à notre Nature véritable ou à notre Soi profond.

Ainsi, la pratique de la pleine conscience nous guidera sur le chemin de nos ressources où nous reconnaîtrons mieux nos besoins que nous pourrons alors nourrir de manière adéquate.

Cette pratique éclaircira également ce qui nous épuise et qui entrave notre capacité à nous ressourcer.

Exercice (5 mn) : visualisation de ce qui nous fait vraiment du bien (nature, douche, mer, amis, animaux, lecture, cinéma, accomplissement d’une tâche…)

# CE QUI GRIGNOTE NOS RESSOURCES
« Si on évite tout ce qui abîme la vie et favorise au contraire tout ce qui la nourrit, on pourra développer les merveilleuses ressources cachées au fond de soi. » D. Servan Schreiber

Certains événements de vie engendrent inévitablement de la fatigue physique (déménagement, problèmes de santé, surplus de travail…). Mais rien n’est plus épuisant que la charge émotionnelle (fatigue morale) car elle s’ajoute aux dits-événements ou se greffe sur des situations en apparence plus anodines. La plupart du temps, lorsque l’on ressent des émotions fortes, on a tendance à les juger et à les considérer comme négatives ou pesantes. Ce qu’elles ne sont pourtant pas. C’est le refus de celles-ci qui alourdissent leur poids et qui nous empêchent de traverser la tempête. Face à une immense vague, la stratégie de la contrer ou de l’occulter est vaine. Plutôt que de refuser ce qui est, plonger dedans peut nous permettre de nous en sortir. Trempés mais indemnes. Ce qui demande courage, confiance et discernement. Courage car la peur d’être emporté est bien présente. Confiance dans notre capacité à s’immerger. Discernement afin d’évaluer l’attitude la plus juste selon la puissance de la vague. Le refus des émotions provoque des réactions automatiques (produites par notre cerveau reptilien), ce qui entrave bien souvent le discernement et nous entraîne à répéter (en pilotage automatique) le même schéma connu, propre à chacun : celui de la colère (en mode combat) ou de l’évitement (en mode fuite), de la tristesse (en mode se figer), des ruminations mentales, des troubles alimentaires ou autres, etc. Qui à leur tour créent de nouvelles émotions (honte, culpabilité, jugement sur soi…) et pompent toute notre énergie dans une boucle sans fin. Conduisant à la dépression, au burn-out, troubles anxieux, troubles du comportement, conduites addictives… Nous nous retrouverons perdus dans le labyrinthe de nos émotions qui alimentent nos peines, passant de la douleur à la souffrance dans laquelle nous resterons embourbés.

Ces mêmes émotions —lorsqu’elles sont accueillies et acceptées— peuvent tout aussi bien nous guider vers nos besoins et nos ressources. Comment en faire des alliées plutôt que des ennemies ?

# À PROPOS DES BESOINS : les décrypter et les reconnaître
– “Qui mieux que vous sait vos besoins ? Apprendre à se connaître est le premier des soins…” Jean de La Fontaine
– “Quand le débutant est conscient de ses besoins, il finit par être plus intelligent que le sage distrait.” Lao Tseu

Les besoins enfouis et non reconnus s’exprimeront d’une manière ou d’une autre. Par exemple, lorsque nous émettons des jugements, cela témoigne de l’expression désespérée de nos besoins : ex. « tu es égoïste ! » au lieu de : « j’ai besoin que tu passes plus de temps avec moi ». Pour les reconnaître, nous avons un radar fiable et sûr qui émane de nos émotions. Lorsque nous sommes à l’écoute de celles-ci, des voyants rouges s’allument en cas de tristesse, fatigue émotionnelle. Si l’on continue sans en tenir compte, il y a de fortes chances de s’épuiser et que se manifestent des troubles du comportement, maladie, burnout… Si nous les écoutons à l’aide de notre boussole intérieure, nous les identifierons alors : ex « je ressens de la tristesse car j’ai besoin de partage. De la colère car j’ai besoin de reconnaissance, etc ».

Les émotions ont toutes une trace corporelle. Emovere en latin signifie « mettre en mouvement ». Ma boussole intérieure permet de me faire sentir si mes besoins sont ou ne sont pas satisfaits. Ce qui compte avant tout est que nos besoins soient reconnus par nous-mêmes et par les autres et éventuellement satisfaits, au moins, pour certains. Et alors, serons-nous aptes à mieux nous écouter, à ressentir et à nous exprimer.

La pleine conscience intervient là : en observant (« je prends conscience du jugement présent en moi »), en écoutant les sentiments (« je me relie à ce que je vis par le corps et les sentiments »), je reconnais mes besoins (« j’écoute ce qui est important pour moi ») et suis en mesure d’exprimer une demande (« je fais une demande au service de mes besoins, de soi et d’autrui »).

* Exercice de Pleine conscience (10 mn): posture, respiration puis, visualiser une semaine-type ou ce qui nous pèse vraiment au quotidien (se lever tôt, charge mentale liée à notre organisation, relations avec untel, travail…). Ne pas s’attarder sur les détails mais remonter à la source pour toucher l’émotion (découragement, colère, frustration, agacement, sentiment d’injustice, manque de reconnaissance…). Puis, se connecter à ce que cette émotion produit en nous, dans notre corps. Quittant la prédominance de la tête pour se relier au corps, au ressenti. Enfin, se poser la question de quel serait notre besoin/cette émotion ?

# TRANSFORMER LES DIFFICULTÉS EN RESSOURCES PAR LA PLEINE CONSCIENCE
Vivre dans la pleine conscience, c’est réaliser que nous sommes capables de traverser des épreuves —si difficiles soient-elles— car nous savons que nous avons les ressources nécessaires pour ne pas nous laisser embarquer par les tempêtes émotionnelles. Et comme toute chose allant et venant, celles-ci disparaîtront également.

La pleine conscience ne fait pas apparaître artificiellement ces ressources mais elle permet de les révéler et de les renforcer.

Certaines personnes ayant vécu des épreuves s’en serviront pour les transformer et en faire des apprentissages précieux. On parlera alors de résilience // Kintsugi : Cet art (kin qui signifie l’or et tsugi, les jointures) est pratiqué au Japon depuis le XVe siècle. Il consiste à réparer les objets brisés avec une laque recouverte de poudre d’or pour que les cicatrices restent apparentes. Une philosophie de l’acceptation de l’imperfection qui incite à aborder les échecs, blessures et autres maux de la vie d’une nouvelle manière. Céline Santini Kintsugi, l’art de la résilience. Le travail de la pleine conscience nous guide sur ce chemin sinueux et nous éclaire pour que nous ne rajoutions pas de la souffrance à la peine et que cette traversée devienne un passage de notre vie éventuellement initiatique. Cela peut se rapporter à la maladie, au deuil, à la séparation, à des épreuves sur le plan relationnel, professionnel…

Transcendant la peine pour trouver la paix intérieure.

# SE CONNECTER À SES RESSOURCES OU À SES FORCES
A certains moments de notre existence, qui ne s’est pas senti porté par une force, une énergie, quelque chose de lumineux qui a éclairé notre chemin et nous a autorisé à être pleinement nous-même ? Cela a pu se révéler dans une conversation avec un(e) ami(e), un être cher, ou bien avec une personne que nous ne connaissions qu’à peine, dans une situation du quotidien, banale. Nous nous sommes alors vraiment senti nous-même, sans peur, sans nul doute relié alors à nos ressources.

F. Midal dans son ouvrage les 5 portes (Flammarion), reprend ce qui a été transmis par de nombreux courants spirituels qui évoquent les 5 désirs ou 5 énergies fondamentales régissant notre existence. Elles constituent les ressources présentes en chacun de nous et dont nous avons pu être coupés par moment par nos conditionnements et les accidents de la vie. En accédant et ouvrant ces portes, nous avons alors accès au chemin de guérison ou de réconciliation avec nous-même et avec le monde extérieur.

LES 5 PORTES :
• Bonheur d’entrer en relation ou se relier vraiment à l’autre (sourire, échange…)
• Bonheur de la clarté en sortant de la confusion dans laquelle on peut se sentir étouffé
• Bonheur d’être confiant dans l’ouverture, l’accueil, l’acceptation, la détente
• Bonheur de la plénitude : sentir la vie en nous, retrouvant des pans de notre enfance
• Bonheur d’agir : concerne les actes du quotidien

Certaines portes nous sont plus ou moins familières et d’autres étrangères car nous ne les sollicitons pas (évitement ou non aspiration). Pourtant, nous avons besoin des 5 pour être unifié. L’invitation par la pleine conscience est de sentir quelle porte doit être ouverte ou quelle énergie doit être mobilisée selon nos besoins du moment.

• Exercice de pleine conscience (10 mn) : se relier aux qualités dont nous faisons preuve au quotidien : bien faire la cuisine, être assidu en sport, efficace dans notre travail, présent à nos amis et collègues, famille, avoir résolu un conflit, faire rire, se montrer généreux… en visualisant des situations concrètes illustrant cela. Puis, énoncé de la liste des qualités de la pleine conscience et invitation à ressentir éventuellement si cela nous correspond bien, notamment dans la ou les situations revisitées aussitôt : patience, confiance, lâcher-prise, compassion, attention, bienveillance, discernement, vulnérabilité, générosité, non-jugement. Les ressentir dans le corps et les ancrer.

CONCLUSION – Pour se ressourcer :
Reconnaissons le souffle comme élément fondamental de la vie et observons activement notre propre respiration pour rechercher ou préserver la sérénité.

Stabilisons l’esprit par la concentration sur un objet particulier et ainsi parvenons à vivre les moments difficiles ou heureux de manière consciente et non en «pilotage automatique».

Réapprenons à être attentif à ce qui se passe en soi et à accueillir ce que l’on y observe sans jugement, avec curiosité et bienveillance. Chaque phénomène pouvant être reçu comme un présent.

Aussi souvent que possible, relions-nous à la nature, aux éléments et sollicitons nos 5 sens.

Ouvrons-nous aux émotions, apprivoisons-les, qu’elles soient gênantes ou joyeuses, donnons-leur une place adéquate et simplement laissons-les passer.

Introduisons le silence et abreuvons-nous en.

Pratiquons la marche méditative et l’écoute active dans les interactions avec autrui.

Enfin cultivons l’acceptation à chaque fois que nous réalisons que nous sommes dans le refus et énonçons un grand OUI à soi-même, aux autres et à la Vie.

Références

Cessons d’être gentil, soyons vrai Thomas d’Ansembourg
L’art de la résilience Céline Santini Kintsugi
Les 5 portes Fabrice Midal
On peut se dire au revoir plusieurs fois David Servan Schreiber